Covid-19  Musées, galeries, foires, centres d’art, universités, théâtres, festivals… Annulez tout, payez tout le monde


Chèr·e·s galeristes, commissaires, programmateurs et programmatrices, éditeurs et éditrices, directeurs et directrices, et beaucoup d’autres qui nous employez,

Les mesures d’urgence du Covid-19 sont là.
Vous devez annuler une conférence, une foire, un vernissage, un festival ou une représentation.
Pour vous, c’est une déception : un projet artistique qui ne trouvera pas sa conclusion, une année de travail organisationnel gâchée, des subventions jetées par les fenêtres…
Peut-être vous demande-t-on de travailler de chez vous ou de vous mettre en congés payés forcés, peut-être même  allez-vous toucher du chômage partiel.

Alors, n’oubliez pas que pour celles et ceux qui devaient travailler pour vous, c’est pire. 
Quand vous annulez la prestation d’un·e artiste, d’un·e auteur·e, d’un·e gardien·ne ou d’un·e traducteur·rice, il n’y a ni chômage ni compensation, encore moins de congés payés.
Si certain·e·s d’entre nous sont intermittent·e·s, nous allons perdre massivement les heures nécessaires au maintien de notre filet de sécurité fragile. 
Quand vous annulez à la dernière minute, dans un contexte où l’économie se contracte fortement, nous n’avons aucune chance de trouver un revenu de remplacement.
Peut-être aussi que certaines personnes annuleront d’elles-mêmes, obligées de rester confinées ou obligées d’arbitrer entre payer le loyer et prendre soin de leurs proches. 
Comme toujours, les plus vulnérables et les plus précaires vont souffrir le plus.

Annulez tout, faites ce qu’il faut pour le bien de tou·te·s, mais payez tout le monde, maintenant.
Votre budget est déjà validé, vous venez d’économiser des milliers d’euros de transport, de champagne ou de flyers. 
Alors payez, payez les agent·e·s de sécurité, payez les artistes, payez les régisseur·se·s, payez les conférencier·e·s, payez les médiateur·rice·s, payez les graphistes, payez les monteur·se·s, payez les employé·e·s de ménage, payez les danseur·euse·s, payez les ouvreur·euse·s, payez les acteur·rice·s, payez les technicien·ne·s, payez les comédien·ne·s,payez les auteur·rice·s, payez les musicien·ne·s, payez les gardien·ne·s, payez les traducteur·rice·s.

Il ne s’agit pas de demander votre générosité ou votre gentillesse : il faut changer un système qui ne fonctionne pas.
Vous comptez depuis longtemps sur la flexibilité qu’offre notre statut d’indépendant·e.
Pas de contrat de travail, pas de mutuelle, pas de charges sociales, c’est pratique.
Maintenant, le choc du virus révèle les conséquences de ce système à deux vitesses : les personnes ayant accès au salariat, désormais un « privilège » même mal payé, sont protégées ; celles qui n’y ont pas accès, non par choix mais parce qu’elles subissent le travail indépendant, ne le sont pas. 
La sécurité sociale existe pour qu’aucun·e employé·e n’ait à être dépendant·e de son employeur : si il·elle tombe malade, si l’activité se réduit, la collectivité assure la continuité des revenus. 
Exiger de nous la précarité et la prétendue indépendance, c’est nous rendre dépendant·e·s de vous. 
Puisque vous ne payez pas la sécu, maintenant la sécu c’est vous. 
Aujourd’hui, prenez vos responsabilités et payez, pour que tout le monde puisse s’en sortir. 
Demain, prenez vos responsabilités et changez ce système qui ne marche pour personne.

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