[GILETS JAUNES] Pour une éthique des représentations du mouvement


Alors qu’en France des milliers de personnes manifestent depuis plusieurs mois pour plus de dignité et de justice fiscale, occupent des ronds-points, se font gazés et mutilés lors de manifestations, sont arrêtés, nassés et trainés en justice, certain‧es artistes et curat‧rices‧eurs trouvent opportuns de représenter et d’exposer des « Gilets Jaunes ». Il devient dès lors urgent de se questionner sur les difficultés voire le malaise du « monde de l’art » à se positionner dans les débats actuels. Que signifie la production d’objets représentant des luttes qui appellent chacun‧e d’entre nous à prendre parti ? 

Cela laisserait penser que nous puissions encore appartenir à un régime de représentation où l’on s’offusquerait ou se féliciterait de l’audace d’un artiste. Au-delà même d’un opportunisme notoire, nous faisons face à une conception réellement archaïque et conservatrice du rôle que nous avons à jouer à la fois individuellement et collectivement. 

Le problème ne se situe même pas tant dans le fait d’utiliser le symbole unificateur d’un « mouvement », qui n’existe d’ailleurs que par le seul port de ce vêtement technique. Il vient surtout de logiques de représentation dont la vacuité critique apparaît de manière flagrante. Ce sont des ersatz de réalité, des objets qui stérilisent la pensée, et sont créés pour nous mettre à distance de nos propres réalités quotidiennes, et nous donner l’air de ne pas vraiment y toucher tout en se pensant exceptionnels. Cela n’appelle aucun débat, aucune discussion, au mieux un sourire narquois ou un agacement. 


Une posture cynique nécessiterait d’être subversive et jubilatoire, mais ce n’est même plus de ça dont il est question. Ces artefacts vaguement conceptualisés sont la preuve que nous avons à repenser nos modèles depuis la base. Peut-être que quand il.els auront enfilé un gilet jaune, se seront exposés en tant qu’individus et participeront à de vrais débats d’idées, il.els comprendront que nous ne pouvons plus cautionner des modes de productions qui font le beurre du marché et des institutions artistiques. Nous laisser croire que nous serions de simples spectateurs affaiblit notre pensée critique et notre capacité d’action. C’est dangereux et réducteur.

@AAA




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